14 juillet 1789 – Début de la Révolution française

La Bastille en 1789 ↑                   La Place de la Bastille aujourd’hui →

Pour avoir une idée de la société française en 1789, vous pouvez lire

« Une société française complexe avant 1789 »

et avoir une idée également des évènements majeurs (création d’une Assemblée nationale) qui se sont déroulés au printemps de cette même année

« 5 Mai au 13 Juillet 1789 – Des États généraux à une Assemblée nationale/constituante »

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La période révolutionnaire commence cette année 1789 avec la réunion des États généraux en mai et la prise de la Bastille le 14 juillet pour se terminer en l’an VIII (1799) avec le coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte. Les évènements qui vont succéder au 14 juillet 1789 ont ébranlé toute l’Europe et le monde. Une révolution des esprits s’est produite depuis déjà quelques années et c’est un homme nouveau, citoyen, qui va naître de ces évènements.

Après que le tiers-état ait fait l’affront au roi de créer une assemblée nationale en juin 1789, nommée ensuite assemblée constituante, on pourrait croire que la situation s’est apaisée, que le roi Louis XVI a finalement accepté ce bouleversement de la vie politique et que la France se dirige vers une monarchie constitutionnelle comme le modèle anglais de cette époque.

MAIS

C’est oublier un peu vite qu’il souffle un vent de liberté dans les esprits depuis quelques années déjà grâce à des philosophes comme Voltaire, Diderot, Rousseau…(1) et aussi que le peuple a peur d’un complot des aristocrates. Ces nobles sont tellement attachés à leurs privilèges qu’ils pourraient bien rétablir la société de l’ancien régime en s’appuyant sur les troupes armées soit 30 000 soldats qui sont en attente autour de Paris et Versailles.

Pour les 200 ans de la Révolution française, 2 très bons films ont été réalisés en 1989 :
. la 1ère partie « Les années lumière » réalisé par Robert Enrico
et
. la 2ème partie « Les années terribles » réalisé par Richard T. Heffron
Vous pouvez les commandez en DVD ici ! La Révolution française

Après le renvoi par le roi du très populaire ministre des finances Necker le 11 juillet, les Parisiens révoltés se sont mobilisés. Des affrontements ont lieu avec la cavalerie du Royal Allemand commandée par le Prince de Lembesq le 12 juillet. Bizarrement, les soldats se retirent, sans doute pour éviter un bain de sang, ce que souhaite éviter Louis XVI. Le 13 juillet, les Parisiens incendient des barrières douanières qui taxent toutes les marchandises qui entrent dans Paris.

Pendant ce temps, un Comité permanent est créé à l’hôtel de ville et une milice bourgeoise de 48000 hommes s’organise pour contrer les débordements de la foule en colère. Mais pour créer une milice, il faut des armes et pour le peuple qui a peur il faut des armes aussi !

Jean-Baptiste Lallemand

« Pillage des armes aux Invalides le matin du 14 juillet 1789″ (1789/1790)

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14 JUILLET 1789

Pour expliquer cette journée très importante de l’Histoire de France qui est considérée comme le début de la Révolution française, il vaut mieux prendre la suite des évènements heure par heure.

Vers 9 heures du matin à Paris

Environ 50 000 Parisiens se dirigent vers le plus vaste dépôt d’armes de Paris les « Invalides ». Là, sont entreposés entre 20 et 30 000 fusils et 24 canons. Une délégation demande à parler au gouverneur des Invalides pour lui réclamer des armes. Celui-ci explique que c’est impossible et qu’il lui faut un ordre écrit de Versailles.

Mais les invalides qui défendent cet endroit ne semblent pas disposés à se servir des canons pour tirer sur le peuple si l’ordre est donné. De plus, tout près de là au Champ de Mars, les soldats du régiment des gardes françaises, eux non plus ne sont pas prêts à tirer sur le peuple si une intervention est décidée pour mater l’insurrection.

L’Hôtel des Invalides à Paris

Des fusils et des canons aux Invalides

Voyant les troupes armées qui ne réagissent pas, les émeutiers comprennent que rien ne les arrêtera et pénètrent en masse aux Invalides dans la confusion générale portés par la fureur et l’envie de se protéger avec des armes. Ils découvrent dans ce bâtiment deux kilomètres de souterrains. Ils s’emparent des fusils et des canons et comme ils n’ont pas de munitions ni de poudre, ils se dirigent vers la Bastille où ils sont sûrs d’en trouver. (3)

10 heures

De la poudre et des munitions à la Bastille

La Bastille, c’est un château fort qui domine le faubourd Saint-Antoine, quartier où de graves incidents se sont déjà produits le 28 avril 1789 faisant plus de 200 morts et 300 blessés. Il posséde 8 tours. Pour y accéder, on doit d’abord entrer dans une première cour « La cour de passage ». Après deux petits ponts-levis, on arrive dans une deuxième cour « la cour du gouvernement » puis il faut encore franchir deux ponts-levis parallèles avant d’accéder à l’intérieur de la Bastille.

La prison d’état de la Bastille est un monument que les Parisiens détestent depuis longtemps et qui représente le symbole du pouvoir absolu puisqu’un grand nombre de Parisiens pensent que cette prison est remplie de prisonniers détenus arbitrairement. Mais il ne sont pas venu détruire le monument, ils sont juste venus chercher de la poudre et des munitions.

Cette Bastille est gardée par 82 vétérans et est gouvernée par le marquis Bernard René Jordan de Launay, 49 ans, qui va montrer au grand jour son inaptitude à donner des ordres cohérents et son manque de sang-froid au cours de cette journée mémorable . En plus des vétérans, le gouverneur, constatant l’agitation des Parisiens depuis quelques jours, a demandé le renfort de 33 gardes suisses.


10 h 30

Pendant que les Parisiens armés de fusils sans munitions quittent les Invalides pour rejoindre la Bastille, le Comité de l’Hôtel de Ville décide d’envoyer une délégation de 3 hommes à la Bastille pour demander qu’on retire les canons du sommet des tours pour ne pas provoquer des Parisiens surchauffés.

De Launay n’a pas l’intention de donner les munitions et la poudre mais il accepte sans mal de retirer les canons du haut des tours et propose même à la délégation de partager son repas avec lui. . Dehors, la foule s’énerve, c’est beaucoup trop long. Que se passe-t-il à l’intérieur ? La délégation a-t-elle été retenue prisonnière, ou bien leur fait-on du tort, ou bien même sont-ils en train de pactiser avec l’ennemi ?

11 h 30

À l’Hôtel de Ville, on s’inquiète. Une deuxième délégation est envoyée au moment où la première délégation sort de la forteresse couverte d’injures et retenue par les émeutiers. A nouveau, les délégués parlementent avec le gouverneur. Ils demandent que les canons soient descendus des tours et surtout qu’on ne fasse pas la guerre à la « nation ». Ils proposent aussi une garde bourgeoise pour aider à défendre le fort.

Les Parisiens, à l’extérieur, qui n’étaient venus que pour prendre les munitions et la poudre accumulent la haine à force d’attendre et beaucoup sont prêts à s’emparer de la Bastille.

13 h 00

La deuxième délégation à rejoint l’Hôtel de ville. Le Comité permanent décide de rédiger une proclamation assurant au peuple que le gouverneur ne fera aucun usage de ses armes MAIS SOUDAIN un coup de canon retentit, il est 13h30.

Jean-Baptiste Lallemand

« La prise de la Bastille le 14 juillet 1789″ (1789/1790)

Que s’est-il passé ? Une méprise qui aggrave la situation

La foule est tellement dense devant la Bastille que beaucoup ne savent rien des pourparlers entre l’Hôtel de Ville et le gouverneur De Launay. Excédés d’attendre, certains sont montés sur le toit d’une maison séparant les deux cours d’accès à la forteresse et sont parvenus à abattre le premier pont-levis. Les émeutiers s’engagent alors dans la Cour du gouvernement et arrivent au pied de la Bastille. L’arrière de la foule, n’ayant pas vu que ce sont deux des leurs qui ouvrent le passage, est persuadée que le gouverneur veut faire pénétrer les assiégeants dans la dernière cour avant la prison pour les mitrailler.

Vraisemblablement, c’est en haut des tours que l’ordre a été donné de tirer sur la foule. Les tirs du haut de la Bastille sont peu nourris, les invalides et les gardes suisses font surtout des tirs de dissuasion et agitent leur chapeau pour faire comprendre aux émeutiers de reculer.

En bas, on évacue les premiers morts et blessés.

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14 h 00
Une troisième délégation de l’Hôtel de Ville arrive mais les combats l’empêche de parvenir au pied de la forteresse. Les émeutiers ont envoyé des charettes en feu contre le logement du gouverneur ce qui cause des désagréments aux assaillants aveuglés par la fumée et écrasés par la chaleur du feu et celle de cette après-midi d’été.

15 h 00

Pour garder le contrôle des évènements et un ascendant sur le peuple, le Comité de l’Hôtel de Ville envoie une quatrième délégation qui arrive à la Bastille munie d’un drapeau blanc. Les pourparlers sont confus et des coups de feu atteignent la nouvelle délégation. Le peuple s’échauffe encore plus !

Côté Bastille, le gouverneur De Launay, incapable de prendre des décisions cohérentes, ne sait pas quoi faire et panique. Faut-il défendre sérieusement le fort ou se rendre ? Il choisit la pire des solutions, la solution intermédiaire. Il se retranche dans sa forteresse et ne se défend pas assez durement pour décourager les assaillants.

COMÉDIE MUSICALE

 

15 h 30

Un fait nouveau. Une soixantaine de soldats des gardes françaises arrivent avec 5 canons pris aux Invalides le matin suivi d’une colonne de citoyens armés et encadrés. Fini le désordre et les initiatives personnelles. On retire les charrette en feu et on installe les canons. Les Parisiens sont plus déterminés que jamais maintenant à détruire la Bastille. Les canons des assiégeants commencent à tirer.

AUCUNE AIDE NE VIENT DE L’EXTÉRIEUR POUR AIDER LE GOUVERNEUR DE LAUNAY AFFOLÉ, AUCUNE CONSIGNE DU ROI.

Complètement perdu, ne sachant que faire, De Launay s’agite et décide de faire sauter tout. Son entourage le maîtrise pour ne pas qu’il en arrive à cette extrémité.

16 h 30

A l’intérieur de la Bastille, on capitule. On souhaite arrêter la résistance et on cherche quelque chose qui pourrait ressembler à un drapeau blanc. Finalement, une serviette est agitée au son du tambour pendant près d’un quart d’heure en haut des tours. La foule a fini par voir le signal d’arrêt des combats. Le calme revient.

Par une petite ouverture dans le pont-levis de la forteresse, on demande à ce que la garnison sorte avec les honneurs de la guerre. Les assaillants refusent. Tous crient : « Abaissez les ponts ! ».

Puis un message du gouverneur est passé par l’ouverture. Pour récupérer le message sans abaisser le pont-levis, une grande planche est installée qui franchit le fossé. Un premier révolutionnaire tombe grièvement blessé. Un autre arrive à saisir le message : « Nous avons 20 milliers de poudre, nous ferons sauter le fort, la garnison et les environs si vous n’acceptez pas la capitulation ».

La foule refuse et crie « Abaissez les ponts ».

Charles Thévenin (1764-1838)

« Arrestation de Monsieur de Launay dans la deuxième cour de la Bastille »

17 h 00

Puis, surprise, le petit pont-levis s’abaisse. Quatre invalides ont décidé d’ouvrir les portes. Le grand pont-levis est lui aussi abaissé et c’est une ruée indescriptible d’hommes remplis de haine qui s’engoufrent dans la forteresse et qui la pillent et la saccagent. Fureur et confusion font que certains des assiégeants se font tirer dessus par d’autres assiégeants qui les ont pris pour des membres de la garnison.

On s’empare de De Launay et de son second et on les conduit à l’Hôtel de Ville protégés par quelques insurgés et soldats de la Garde française qui veulent éviter le lynchage. Hélas, De Launay n’a pas le temps de monter les marches de l’Hôtel de Ville. La foule s’empare du gouverneur et le met à mort à coups de pieds, de baïonnette, de pistolet. Puis un garçon cuisinier tranche la tête du cadavre avec son canif. D’autres exécutions sommaires se passent dans les rues autour.

Image à droite :

« C’est ainsi qu’on se venge des traîtres » >>>

À l’Hôtel de Ville, Flesselles, le prévôt de marchands (4) est accusé de ne pas avoir soutenu le peuple pendant le siège et doit aller s’expliquer au Palais Royal. Flesselles n’a pas le temps de s’y rendre. Il est abattu sur les marches de l’Hôtel de Ville en sortant.

Et les prisonniers de la Bastille ?

Les révolutionnaires doivent défoncer les portes des cellules car, dans leur enthousiasme, des émeutiers sont partis avec toutes les clés de la prison de la Bastille pour les brandir avec fierté dans les rues de la capitale. Une fois les portes de cellules abattues, c’est la consternation. Ils pensaient que la prison regorgeait de prisonniers. Il n’y a en fait que sept détenus : deux fous, quatre faussaires et un criminel. Dans la confusion les faussaires et le criminiel s’échappent et il ne reste que les deux fous que la foule va quand même porter en triomphe. Puis, rapidement, ils vont être réenfermés à un autre endroit le lendemain.

Les deux têtes de Flesselles et Delaunay sur des pics sont promenées toute la nuit dans les rues de Paris.

Des hommes ivres de fatigue et d’alcool après une nuit et une journée de tension extrême et d’efforts intenses s’effondrent et meurent d’épuisement.

Les invalides miraculés ont trouvé refuge dans une caserne de gardes françaises.

L’attaque de la Bastille a fait 98 morts.

 

ET A VERSAILLES QUE SE PASSE-T-IL LE 14 JUILLET 1789 ?

« Rien » c’est ce qui est écrit dans le journal de Louis XVI à la date du 14 juillet 1789, journal qu’il remplit tous les jours – une ligne par jour et une page par mois – mais avec un mois de retard, se fiant à ses notes quotidiennes. C’est-à-dire que ce « Rien » inscrit dans ce cahier a été écrit en août 1789 à partir de ses notes du mois de juillet. Ce 14 juillet donc, le roi n’est pas allé chassé et il n’a pas eu de réception ou de cérémonies « Rien ! »

La Reine, elle, est à son château du Petit Trianon tout proche du château de Versailles mais suffisamment éloigné de la cour pour mener une vie simple et champêtre loin des fastes de Versailles.

La distance entre Paris et Versailles fait que le roi Louis XVI n’est averti que le 15 juillet au matin de la prise de la Bastille. C’est le duc de la Rochefoucauld-Liancourt qui vient dans la chambre du roi annoncer la nouvelle. Ces quelques phrases sont restées célèbres.

Le duc
– « Sire ?
Le roi
– Qu’y a-t-il ?
Le duc
– Les Parisiens ont pris la Bastille.
Le roi
– C’est une révolte ?
Le duc
– Non Sire, c’est une révolution !

(1) Le siècle des Lumière : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660

(2) Voir mon autre article sur les évènements des 11, 12 et 13 juillet 1789

(3) Les poudres et munitions étaient stockées à l’Arsenal jusqu’au 12 juillet, jour où il a été décidé de transporter tout vers la Bastille endroit mieux protégé dans le cas d’une insurrection populaire.

(4) « Prévôt des marchands » : Le terme prévôt vient du latin præpositus, préposé. Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, le prévôt est un agent du seigneur ou du roi chargé de rendre la justice et d’administrer le domaine qui lui est confié.

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