5 Mai au 13 Juillet 1789 – Des États généraux à une Assemblée nationale constituante


Extrait du film (1ère partie “Les années lumière”) sur la Révolution française réalisé par Robert Enrico en 1989 pour le bicentenaire (200 ans) de la révolution.

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Ci-dessus, enregistrement des plaintes des Français sur des cahiers de doléances pour les États généraux de mai 1789. Ces cahiers ont presque tous été conservés et ils constituent un réservoir de connaissances très précieux pour les historiens de l’Ancien régime.

Dans le demi-siècle qui a précédé la révolution, le pouvoir d’achat a fortement diminué en France. Entre 1735 et 1789, on estime que les prix ont augmenté de 50% contre 20% pour les salaires et les prix des céréales ont augmenté beaucoup plus que les prix d’autres marchandises.

En 1785, une grande épidémie a ravagé la moitié du bétail du royaume.

En 1789, cela fait deux ans que les conditions climatiques ne sont pas bonnes : inondations, grêle, sécheresse. Les récoltes sont catastrophiques. Le prix du pain augmente de 50%.

L’hiver 1788-1789 est très froid et les gens ont faim.

Mais la fin du XVIIIe siècle voit aussi apparaître une classe bourgeoise de plus en plus riche grâce aux diverses activités de commerce. C’est elle qui va jouer un rôle majeure lors de la révolution. Elle veut accéder aux plus hauts postes généralement réservés à la haute noblesse.

La société française est particulièrement injuste. Le Clergé (les religieux) et la Noblesse sont deux ordres privilégiés qui ne paient pas ou presque pas d’impôts. C’est le reste de la population (le Tiers État) qui est asphyxié d’impôts.

Le peuple aime son roi mais souhaite limiter ses pouvoirs. Il croule sous les impôts qu’il doit payer au roi Louis XVI, au Clergé et à la Noblesse. Il réclame la fin des privilèges, des injustices et des inégalités.

La famille royale et la noblesse de cour sont extrêmement dépensiers. Ils organisent des fêtes somptueuses, des spectacles, des parties de chasse. La reine dépense des sommes d’argent considérables en jeux, toilettes et bijoux. 258 000 livres en 1785 par exemple. C’est la grande vie. Certains nobles reçoivent de belles pensions du roi comme, par exemple, madame de Polignac avec 500 000 livres par an, ce qui représente 1000 fois le salaire d’un ouvrier.
Cela coûte cher au peuple français. Des milliers de mendiants, vagabonds pillent les campagnes ou rejoignent les villes. Souvent des journaliers agricoles, mal payés à la journée sans aucun bien leur appartenant et donc dans une situation très précaire. Les paysans s’arment pour se protéger.

La cour royale s’amuse et pourtant les caisses de l’état sont vides.

C’est la faillite due à plusieurs raisons dont deux majeures :
→ le soutien de la France dans la guerre d’indépendance américaine de l’ordre de plus d’un milliard de livres depuis 1778 ;

→ les énormes dépenses de la famille royales et de la noblesse de cour.

La noblesse et le haut clergé ne souhaitent abandonner aucun de leurs privilèges. Malgré toutes les tentatives des ministres réformateurs auparavant comme Turgot ou Malesherbes ou bien Necker et le roi Louis XVI n’est pas à la hauteur de la situation ni des attentes de son peuple.

En 1789, le pays est en péril, il faut trouver de l’argent.

Le roi Louis XVI et son ministre des Finances Necker ↑

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5 mai 1789
Début de l’assemblée des États Généraux à Versailles. Le Clergé, la Noblesse, le Tiers État. La dernière assemblée s’est tenue 175 ans auparavant en 1614.

En juillet 1788, Louis XVI, sur le conseil de son ministre Necker, convoque les États généraux pour le 5 mai 1789 soit deux mois avant le début de la révolution. Le roi rechigne à réunir les représentants des trois ordres, Clergé, Noblesse, Tiers-État. Il estime qu’il n’a pas de compte à rendre à ses sujets. Il faut rappeler que les rois de France avait un pouvoir de droit divin, que leur pouvoir venait directement de Dieu sans consultation du peuple et qu’il n’avait de compte à rendre à personne sauf à Dieu.

Dans les siècles passés, ces assemblées exceptionnelles étaient convoquées grâce au bon vouloir du roi lorsqu’il avait besoin de lever des fonds, d’augmenter ou de créer de nouveaux impôts pour financer les guerres principalement.

La réunion se déroule à l’hôtel des Menus Plaisirs à Versailles. Le premier jour de ces États Généraux, au fond sur la tribune royale, on distingue le roi avec son manteau d’apparat aux fleurs de lys, ses deux frères, la reine qui s’ennuie et tout le monde le remarque, et les princes du sang.

1139 députés représentant toutes les régions de France sont présents. À droite la Noblesse (270), à gauche le Clergé (291), en face la grande tribune du Tiers-État (578) qui a collecté des milliers de cahiers de doléances rassemblant des témoignages de fidélité au roi mais aussi beaucoup de plaintes et de revendications.

Cette réunion est un échec et restera la dernière réunion de l’Ancien Régime.

Au printemps 1789, la dette de l’état est très élevée et les créanciers ne veulent ou ne peuvent plus prêter d’argent. Le déficit de la France s’élève à 56 millions de livres comme l’explique le ministre des finances Necker dans son discours lors de l’ouverture des États Généraux, à la suite du discours d’ouverture du roi.

Jean-Sylvain Bailly
Président de la première Assemblée nationale

MAIS, les représentants du Tiers-État, eux, sont venus réclamer du changement, des réformes. C’est ce que demande le peuple dans ses cahiers de doléances (plaintes) qui veut plus de justice et d’égalité surtout devant l’impôt comme la taille – impôt très lourd payé uniquement par le tiers état – ; la dîme – impôt qui consiste à prélever une partie des récoltes pour le clergé – ; le champart, impôt qui consiste à prélever une partie des récoltes pour le seigneur propriétaire des terres.

Les discours du roi et de son ministre Necker qui souhaitent accroître les impôts déçoivent les députés du Tiers-État. Aucune des questions qui agitent l’opinion n’est abordée lors de cette ouverture d’assemblée exceptionnelle. Avant toute chose, le Tiers-État souhaite un vote par tête et non par ordre car, dans ce dernier cas, le Clergé plus la Noblesse, dont les intérêts sont communs, bénéficient de deux votes contre un seul pour le Tiers-État comme lors des États Généraux de 1614.

En décembre 1788, préparant les États Généraux de mai 1789 et persistant à réclamer le vote par tête, le Tiers obtient, grâce au ministre des finances Necker, non pas le vote par tête mais le nombre de leurs représentants doublés aux prochains États Généraux de 1789.

Cela ne change rien au système de vote par ordre qui perdure malgré l’insistance du Tiers qui demande des délibérations en commun avec la Noblesse et le Clergé et non des délibérations séparées. Autrement dit, aucune chance pour les représentants du Tiers de faire accepter les réformes tant attendues.

De plus, le dauphin Louis-Joseph, fils aîné de Louis XVI et de Marie-Antoinette meurt le 4 juin 1789 à l’âge de 7 ans. Comme tous les membres de la famille royale, il avait assisté au premier jour de l’assemblée des États Généraux depuis un balcon, allongé dans un fauteuil. Les évènements politiques et la mort de son fils contribuent à faire de Louis XVI un homme brisé. Il faut croire que le peuple a la tête ailleurs car la nouvelle de la mort du dauphin passe presque inaperçue. Mauvais signe.

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Pendant plus d’un mois, la situation aux États Généraux reste bloquée.

17 juin 1789 – Le Tiers-État proclame l’Assemblée nationale
Le Tiers-État refuse de se constituer en ordre séparé selon l’ancien système, une voix par ordre. Il souhaite une voix par député et que les deux autres ordres Clergé et Noblesse se joignent à lui. Face à leur réticence à s’unir à eux, excepté quelques membres du Clergé, le Tiers-État considérant qu’il représente plus de 96% des Français proclame l’Assemblée nationale le 17 juin 1789.


20 juin 1789 – Le serment du Jeu de Paume, acte fondateur de la démocratie française

Le roi rejette le vote par tête et cette nouvelle assemblée. Il fait fermer la salle des Menus Plaisirs à Versailles où se réunissent les États Généraux. Le Tiers-État se réfugie alors dans une salle de jeu de paume (ancêtre du tennis). Jean-Sylvain Bailly prend la parole et déclare : « faisons le serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront jusqu’à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides. Tous les représentants prêtent serment sauf un. Ce moment important est ce qu’on appelle « le serment du Jeu de Paume ». C’est la fin de l’Ancien Régime.

Le 22 juin 1789, 149 représentants du Clergé rejoignent l’Assemblée nationale. La Noblesse refuse de s’associer sauf deux membres.

Le 23 juin 1789, Louis XVI réunit les trois ordres pour casser les décisions de l’Assemblée nationale. Necker n’y assiste pas marquant sa désapprobation. Le roi expose ses volontés et déclare : « nulles, illégales, inconstitutionnelles » les décisions du Tiers constitué en Assemblée nationale. Il ordonne le maintien des trois ordres et veut qu’ils restent distincts.

A la fin de la séance, il ordonne aux trois ordres d’évacuer la salle : « Je vous ordonne messieurs de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin dans les chambres affectées à votre ordre pour y reprendre vos séances. Le roi se retire, puis les représentants du Clergé et de la Noblesse s’en vont docilement. Seul, le Tiers va rester pendant près d’une heure, assis, défiant le pouvoir royal.


Le marquis Dreux Brézé, maître de cérémonie, vient alors leur demander de s’en aller : « Vous avez entendu messieurs l’ordre du roi ! ». Bailly, le président de la nouvelle Assemblée nationale, se tournant vers les représentants du Tiers : « Il me semble que la nation assemblée ne peut recevoir d’ordre ». Et Mirabeau ajoute : « Allez dire à ceux qui vous envoie que la force des baïonnettes ne peut rien contre la volonté de la nation ». Cette célèbre réplique de Mirabeau, retranscrite de différentes façons au cours des siècles, est devenue pour tous les Français « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».

Le marquis Dreux-Brézé informe le roi de l’évènement. Réponse du roi : « Eh bien foutre ! Qu’ils restent ! »

Le 25 juin, 47 représentants de la noblesse rejoignent l’assemblée. Deux mutineries surviennent dans deux compagnies de gardes françaises à Paris.


Le 26 juin, le roi fait appeler autour de Paris trois régiments d’infanterie et trois régiments de cavalerie stationnés dans l’est de la France.

Le 27 juin, Louis XVI, la mort dans l’âme, demande aux deux ordres, son fidèle clergé et sa fidèle noblesse, de s’unir à l’assemblée pour y gérer sa marche.

Le 30 juin, le peuple de Paris délivrent les soldats des gardes françaises détenus pour insubordination à l’abbaye de Saint-Germain-des-Près.

Le 1er juillet, le roi appelle à Paris le régiment suisse en garnison à Metz.

1er-5 juillet, violentes émeutes à Lyon.

3 juillet, Monseigneur Lefranc de Pompignan, ancien député du clergé, est élu président de l’Assemblée nationale à  la place de Bailly.

6 juillet
L’Assemblée nationale élit un Comité de la constitution de 30 membres. Premier travail : préciser les lois de la Nation et du roi puisqu’à ce moment de l’histoire les Français semblent s’orienter vers une monarchie constitutionnelle.

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9 juillet
L’assemblée demande le retrait des troupes concentrées autour de Versailles et de Paris. Mirabeau réclame la création d’une milice bourgeoise pour assurer l’ordre car la population commence à s’agiter.

                           Le comte de Mirabeau

“Lettre au roi pour le renvoi des troupes” Mirabeau – 9 juillet 1789 –

Déjà un grand nombre de troupes nous environnait, il en est arrivé davantage. Il en arrive chaque jour. Elles accourent de toutes parts. 35 000 hommes sont déjà répartis entre Paris et Versailles. On en attend encore 20 000. Des trains d’artillerie les suivent. Des points sont désignés pour des batteries. On s’assure de toutes les communications. On intercepte tous les passages. Nos chemins, nos ponts, nos promenades sont changés en postes militaires. (…)  les préparatifs de la guerre, en un mot, frappent tous les yeux et remplissent d’indignation tous les coeurs.

(…)Sa Majesté sera suppliée d’ordonner que, dans les deux villes de Paris et de Versailles, il soit incessamment levé des gardes bourgeoises qui, sous les ordres du roi, suffiraient pleinement à remplir ce but.  

Le roi refuse de retirer ses troupes.

L’Assemblée nationale prend le nom d’Assemblée constituante. C’est elle qui, dorénavant, aura à charge d’organiser la vie politique du royaume. Cette assemblée a été créée à l’origine pour donner une constitution à la France et mettre en place une nouvelle société. De 1792 à 1795, elle prend le nom de Convention. La première constitution sera adoptée le 3 septembre 1791.

11 juillet
Une émeute importante se produit à Rouen à cause de la famine. Le roi renvoie Necker, ministre des finances jugé trop libéral et responsable du désordre. ERREUR ! C’est le baron de Breteuil, proche du frère du roi le comte d’Artois et de la reine Marie-Antoinette qui le remplace.

Tout le monde comprend que la voie de l’affrontement a été choisie et pourtant Louis XVI ne souhaite pas que le sang du  peuple français coule.

12 juillet
La nouvelle du renvoi de Necker se propage à Paris. C’est la panique financière.  Paris est en état d’émeute. Le peuple a peur. Des soldats entourent Paris et Versailles. Camille Desmoulins appelle à prendre les armes.

Témoignage de Jean Dussault “De l’insurrection parisienne et de la prise de la Bastille, 1790”

A midi, le bruit se répand que monsieur Necker est renvoyé, qu’il est parti. La consternation fut générale et l’on ferma les spectacles. Le palais royal se remplit de monde entre quatre et cinq heures après-midi. On y accourait de toutes parts. Deux bustes en cire, ceux de Necker et du duc d’Orléans, que l’on venait de prendre chez Curtus, y furent promenés et le peuple, à la vue de ces espèces de fantômes, se livrait à des conjectures extravagantes. Un jeune homm(Camille→ Desmoulins) monté sur une table y cria “Aux armes”, tira l’épée, montra un pistolet et  une cocarde verte. La foule qui l’écoutait, le regardait, passait à son exemple d’un silence profond à d’horribles clameurs. On s’anime, on s’excite et les feuilles des arbres arrachées en un instant servirent de cocardes à plusieurs milliers d’hommes. Ce fut une véritable explosion et dont le bruit dura pendant trois jours.

Il y a de nombreuses manifestations dans les rues de Paris et aux Tuileries. Soudain, un régiment de cavalerie du Royal allemand commandé par le prince de Lambesq , un proche de la reine, charge les manifestants. Ce n’est pas une charge aussi offensive que dans une guerre mais les gens sont blessés, frappés. Alors, en colère, les Parisiens prennent ce qu’ils ont sous la main, batons, pierres et font face aux soldats. INCROYABLE ! Les forces de l’ordre se retirent. Peut-être est-ce parce que Louis XVI ne veut pas la guerre civile. Mais à partir de cet instant tout devient possible.

13 juillet
Incendie de 40 barrières douanières sur 54. Les Parisiens haïssaient ce mur qui ceinturait Paris et obligeait les commerçants à payer une taxe d’entrée dans la capitale pour leurs marchandises, charbon, vin, viande, blé.

Pillage du couvent Saint Lazare ↑. On y trouve des grains mais pas d’armes.

Devant de tels débordements populaires, la bourgeoisie parisienne se réunit à l’Hôtel de Ville. Elle crée le Comité permanent de l’Hôtel de Ville et ce Comité décide la création d’une milice bourgeoise composée de 48 000 hommes armés pour rétablir l’ordre dans la capitale. C’est le peuple qui doit garder le peuple.

ET LE 14 JUILLET C’EST LA RÉVOLUTION QUI COMMENCE !

 

 

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