Archives de catégorie : ORIGINE ET PETITE HISTOIRE DES EXPRESSIONS

« Passer l’arme à gauche » ou « mourir » – plusieurs origines plausibles à cette expression

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Audio Passer l’arme à gauche

J’ai recensé plusieurs explications à cette expression « Passer l’arme à gauche » qui veut dire tout simplement « mourir ». Je vous propose trois des explications les plus plausibles qui ont toutes un rapport avec le milieu militaire.

1 – Au XIXe siècle (1), lors des guerres napoléoniennes, les soldats de l’infanterie de la Grande Armée en rangs utilisaient de longs mousquets qu’ils devaient recharger très régulièrement après avoir tiré. Pour ce faire, ils passaient donc leur arme dans la main gauche. Comme les fusils étaient très longs, les soldats devaient se redresser et c’est à ce moment-là, désarmés et concentrés sur la recharge de leur canon qu’ils étaient le plus vulnérable. Beaucoup d’hommes ont perdu la vie dans ces conditions.

2 – Au temps où les hommes se battaient à l’épée, on apprenait aux gens d’armes (Eh oui ! Voilà l’origine du mot « gendarme ») à désarmer d’un coup à gauche l’adversaire qui tenait son arme de la main droite. Ce dernier se retrouvait la poitrine offerte au dernier coup de grâce n’ayant plus aucun moyen de combattre.

3 – Lors de funérailles militaires, les soldats passent leur arme à gauche, le canon vers le bas, en signe de deuil et de respect.

(1) XIXe siècle = 19e siècle – Cliquez ici pour apprendre à lire les chiffres romains 😉 )

Pleurer comme une Madeleine

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Pleurer comme une madeleine

Exemple :

« Quand elle a appris la mort de son chat, elle a pleuré comme une Madeleine toute la journée. »

Au XIIIe siècle (1), on disait « faire la Madeleine » puis l’expression est devenue « pleurer comme une Madeleine » qui signifie « pleurer beaucoup, verser beaucoup de larmes, sans s’arrêter ».

Madeleine
Petite précision ! La Madeleine de cette expression n’a rien à voir avec la madeleine que l’on mange et qui est un petit gâteau délicieux avec un thé par exemple.

Pour comprendre cette expression, il faut se reporter au Nouveau Testament, et au personnage de l’histoire biblique, Marie-
Madeleine. Marie était originaire de la petite ville de Magdala située sur les rives du lac de Tibériade en Israël. Marie de Magdala, s’est transformé en Marie la Magdaléenne dans les Évangiles puis en Marie-Madeleine pour les Français.

Marie Madeleine

Paul Rubens (1577-1640)

Fête dans la maison de Simon le Pharisien (peint vers 1618)

Mais pourquoi Marie-Madeleine pleurait-elle ?

Il est acquis depuis de nombreux siècles que Marie-Madeleine était une prostituée qui avait rencontré Jésus-Christ lors de son passage dans sa petite ville de Magdala. Elle était venue à lui et avait tant pleuré en confessant ses péchés devant Jésus qu’elle lui avait lavé les pieds de ses larmes et les avait essuyés avec ses cheveux. D’où l’expression « pleurer comme une Madeleine ».

Ensuite Marie-Madeleine devint une disciple de Jésus et le suivit jusqu’à sa crucifixion et la mise au tombeau.

Voilà l’histoire officielle de Marie-Madeleine que l’Église a retenue depuis le VIe siècle (1).

Mais les faits semblent un peu différents d’après d’autres écrits.

En effet, c’est en 591 que le Pape Grégoire 1er décide de rassembler trois femmes décrites dans les Évangiles en une seule : Marie-Madeleine. A l’origine, les textes parlaient d’une prostituée dont on ne connaissait pas le nom, d’une Marie de Béthanie et de Marie de Magdala.

Le pape Grégoire 1er a fait de Marie-Madeleine une prostituée, peut-être pour simplifier l’histoire ou peut-être pour diminuer le rôle de Marie-Madeleine qui, d’après des écrits apocryphes, aurait joué un rôle bien plus important auprès de Jésus que ce qui est accepté par l’Église depuis quinze siècles. (2) (3)

(1) XIIIe siècle = 13e siècle // VIe siècle = 6e siècle – Si vous souhaitez apprendre à lire les chiffres romains cliquez ici !

(2) Les Orthodoxes et les Protestants ont respecté l’existence de ces trois femmes : Marie de Béthanie, Marie de Magdala et la prostituée dont le nom n’est pas connu.

(3) On a reparlé de Marie-Madeleine il y a quelques années avec la parution du célèbre livre de Dan Brown « Da Vinci Code » (2003) et le film qui a suivi en 2006 réalisé par Ron Howard (USA) « The Da Vinci Code »

Être le bouc-émissaire

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Le bouc émissaire

« Être le bouc-émissaire », « être la tête de Turc« , « être le souffre-douleur » de quelqu’un ou d’un groupe.
Ces trois expressions signifient la même chose : être la personne (ou un groupe de personnes) sur laquelle tout retombe, tous les torts, qu’on accuse de tous les malheurs, des fautes collectives ou plus simplement des mauvaises choses qui surviennent.

L’expression est héritée du judaïsme via le christianisme. Ainsi, en Europe, d’autres pays de culture chrétienne ont cette même expression :
. en anglais : scapegoat
. en allemand : sündenbok
. en néerlandais : zondebok
. en espagnol : chivo expiatorio
. en italien : capro espiatorio
. en portugais : bode expiatorio

Peinture de William Holman Hunt (1827-1910)
« The scapegoat » (1856)

Un exemple : « En une année scolaire, il est devenu le bouc émissaire de sa classe »

Un autre exemple dans une phrase de Georges Clémenceau, président du Conseil au début du XXe siècle, à propos de l’affaire Dreyfus : « Tel est le rôle historique de l’affaire Dreyfus. Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés ».

« Dreyfus, par exemple, a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force : on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif : c’était le coupable idéal »
« Le bouc émissaire » – René Girard -.

L’exclusion d’une personne ou d’un groupe de gens d’une communauté, ce n’est pas récent. De tous temps, lorsqu’arrivaient un fléau ou des évènements d’origine inexpliquée qui provoquaient des désordres importants au sein d’une communauté, ses membres voulaient un responsable, une victime expiatoire. On pensait alors que Dieu avait décidé de punir les hommes. Il fallait donc, pour éviter le châtiment divin, lui présenter une victime expiatoire, un bouc émissaire, pour détourner la vengeance divine.

L’origine de cette expression se trouve dans la Bible.
« Il prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Éternel, et il l’offrira en sacrifice d’expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. »
Lévitique 16 : 7-10

L’expiation est ainsi entrée dans la tradition juive. Une fois l’an, un grand prêtre choisissait un bouc, apposait une main sur la tête de l’animal, confessait ses fautes ainsi que celle de son peuple. Ensuite, la bête qui était symboliquement chargée de tous les péchés humains était conduite dans le désert puis abandonnée à son sort.

Cette cérémonie religieuse était destinée à effacer la souillure, les péchés que les hommes avaient pu commettre. Le bouc abandonné dans le désert emmenait avec lui tous les péchés des enfants d’Israël.

 

A la queue leu leu

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En vieux français, un loup se disait « leu » ou « lou » (origine latine : « lupus »)

C’est au XVIe siècle, que le mot loup remplace le mot « leu ».

Cette expression « à la queue leu leu » fait allusion aux loups et à leur manière de se déplacer quand ils sont en groupe (voir la photo de présentation). Ils se déplacent les uns derrière les autres, en file indienne, la tête de l’un derrière la queue de l’autre.

« À la queue leu leu », signifie d’après les linguistes « à la queue du loup, un autre loup »

Bien sûr « à la queue leu leu » s’applique à toute situation où il y a une file d’attente, un alignement comme sur la photo ci-dessus. Les canetons sont à la queue leu leu près de leur mère.

Cette expression a été « mise en valeur » par une chanson festive destinée à faire bouger les gens lors d’un mariage, d’une soirée, en fin de repas. Elle reste très populaire. Elle a été créée par Bézu en 1987, chanteur connu surtout pour cette chanson qui est devenue un tube utile pour mettre de l’ambiance dans les fêtes.

https://youtu.be/KEytXaVS22k

A la queue leu leu
A la queue leu leu
A la queue leu leu
A la queue leu leu
A… A… A… A…
Tout le monde s’éclate,à la queue leu leu
Tout le monde se marre,à la queue leu leu
Tout le monde chante,à la queue leu leu
Tout le monde danse, à la queue leu leu
REFRAIN
A… A… à la queue leu leu
A… A… à la queue leu leu
A… A… à la queue leu leu
Tout le monde s’éclate à la queue leu leu
Dans les anniversaires, dans les bals populaires
Pour les nouveaux mariés, pour la nouvelle année
Même dans les discothèques quand on veut faire la fête
Il n’y a rien de plus simple, il suffit de danser
REFRAIN
Tout le monde s’amuse à la queue leu leu
Tout le monde chahute à la queue leu leu
Tout le monde s’embrasse à la queue leu leu
On fait la fête à la queue leu leu
REFRAIN
Aux quatre coins de France quand on veut s’amuser
Dans les clubs en vacances en Méditerranée
Du Nord à la Bretagne et du Sud à l’Espagne
Il n’y a rien de plus simple il suffit de danser
REFRAIN
A la queue leu leu, à la queue leu leu, à la queue leu leu
A la queue leu leu, A… A… A…
Tout le monde s’éclate à la queue leu leu
Tout le monde se marre à la queue leu leu
Tout le monde chante à la queue leu leu
Tout le monde danse à la queue leu leu
REFRAIN
Tout le monde s’éclate à la queue leu leu
Tout le monde se marre à la queue leu leu
Tout le monde chante à la queue leu leu
Tout le monde danse à la queue leu leu
REFRAIN

Être la tête de Turc

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Audio être la tête de Turc

« Être la tête de Turc » = « Être le bouc émissaire » « Être le souffre-douleur »

Être la cible de moqueries, railleries, méchancetés

Être celui qui est injustement tenu pour responsable, vers qui les accusations s’orientent systématiquement

Guillaume de Tyr – « Les estoires d’Outremer »

Enluminure du XIIIe siècle (13e)

Le siège de la ville de Nicée par les Croisés en 1097

Les Croisés catapultent les têtes de soldats Turcs

Des têtes de soldats turcs servant de projectiles

L’expression « être la tête de Turc » puise son origine vraisemblablement dans l’histoire de la première croisade (1) menée par Godefroy de Bouillon au Moyen-Âge, en 1097.

Le 14 mai 1097, Les Croisés commencent le siège de Nicée, ville majoritairement chrétienne occupée par une forte garnison turque, des fonctionnaires de la cour du Sultan Kilidj Arslan ainsi que par la famille du Sultan. Nicée est une ville stratégique bordée par 6 kilomètres de remparts, 240 tours. Au sud-ouest, le lac Ascanios assure l’approvisionnement en eau.

Les combats sont intenses, la garnison turque se défend courageusement.

Des troupes fraîches viennent renforcer les Croisées, et d’autres troupes viennent assister les assiégés qui se trouvent à l’intérieur de la ville. Les combats continuent.

Puis, le 21 mai 1097, le Sultan lui-même arrive devant Nicée. La bataille dure toute la journée. Les troupes turques se replient finalement devant la lourdeur des pertes humaines. Il y a de nombreux morts parmi les assiégeants aussi.

Devant la grande résistance des Croisées, le Sultan Kilidj Arslan abandonne la ville à son sort et se retire.

Alors, pour semer la terreur parmi les Turcs et les obliger à ouvrir les portes de la ville, les Croisés envoient à l’aide de catapultes les têtes des soldats turcs morts au combat à l’intérieur de la ville fortifiée.

De nouveaux renforts arrivent pour aider les assaillants. Les Croisés décident de mettre en place un blocus naval du côté du lac qui borde Nicée. Puis l’assaut est décidé pour le 19 juin. Mais les portes de la ville s’ouvrent avant l’attaque, dans la nuit du 18 au 19 juin 1097.

Finalement, les Croisés sortent vainqueurs de ce siège. C’est la première action militaire des Croisés contre les Musulmans.

Empire Ottoman 16e 17e

L’empire ottoman à son apogée (XVIe – XVIIe siècle)

Les Français admirateurs de la culture turque aux XVIIe et XVIIIe siècles (2).

À la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, l’empire Ottoman fascine toute l’Europe et les Français en particulier. Tout ce qui est turc est sujet d’admiration : le raffinement, l’élégance des costumes, les mystérieux harems, le café… En France, c’est la mode des sofas et divans. On installe sur les murs des tapisseries aux sujets orientaux, on s’habille à la turque… C’est l’époque des « Turqueries ». Des écrivains comme Lamartine raconte leur « Voyage en Orient« …

Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières comme Montesquieu ou Voltaire font tomber les clichés.

Puis, ces clichés vont se heurter aux idées universelles des philosophes des Lumières. On reconnaît toujours la grandeur de l’empire Ottoman mais Le Grand Turc (3) apparaît désormais comme un destructeur et un tyran. Montesquieu, Voltaire contribuent à détruire l’image idyllique de la Turquie qui devient le bouc-émissaire des penseurs du siècle des Lumières. Progressivement, le Turc, vu de France, possède encore un charme mystérieux mais est aussi un ennemi cruel, brutal.

Le Turc devient la « tête de Turc » ou le « bouc émissaire » des penseurs d’Occident au fur et à mesure que l’Empire Ottoman perd son pouvoir.

Tête de Turc

Au XIXe siècle, on trouve dans les foires des appareils munis d’un dynamomètre pour évaluer la force physique. Muni d’un maillet, le candidat frappe le plus fort possible sur une tête en bois avec un turban qui fait penser à un Turc.

Comme je l’ai déjà expliqué pour l’expression « fort comme un Turc« , le Turc des galères au Moyen-Âge avait la réputation d’être très résistant avec une grande force physique. Mesurer sa force physique à un Turc même en bois avait du panache !

(1) Une Croisade : Au Moyen-Âge, une croisade est un pèlerinage et une expédition militaire, soutenue par le Pape, menées par des Chrétiens d’Occident pour
conquérir et de défendre les lieux saints de Jérusalem sous domination musulmane. Il y a eu huit croisades entre 1095 et 1270.

(2) XVIIe et XVIIIe siècles = 17e et 18e siècle

(3) Le Grand Turc = le Sultan de Constantinople