GALERIES ET PASSAGES COUVERTS DE PARIS – PREMIÈRES GALERIES MARCHANDES

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À LA FIN DU  18e SIÈCLE, UN ENGOUEMENT POUR LES PASSAGES PROTÉGÉS ET VITRÉS SE DÉVELOPPE

Avant les grands travaux du Baron Haussmann, sous la présidence de Napoléon III, qui vont  transformer la capitale entre 1858 et 1870 (voir mon autre article “Les grands boulevards de style haussmannien“), Paris comptait 150 passages et galeries construits dès la fin du 18e siècle jusqu’au milieu du 19e siècle (une soixantaine d’années). Ces passages ou galeries  furent  édifiés pour permettre aux piétons parisiens assez aisés de faire leurs achats à l’abri des intempéries et de passer d’un boulevard ou d’une rue à une autre au travers de blocs d’immeubles. Il faut dire qu’à la fin du 18e siècle et avant les travaux du Baron Haussmann, Paris n’était pas très agréable pour y flâner surtout par temps de pluie. Les rues sans trottoirs étaient étroites, sombres et insalubres. On redoutait surtout la poussière et la boue et aussi les pavés peu agréables.

Ainsi, les Parisiens bénéficiaient de voies propres et sèches quelques fois chauffées par le sol et éclairées par la lumière naturelle ou au gaz.  Ils pouvaient profiter des boutiques, des restaurants, des salons de thé ou cafés qui s’y installaient. Ils pouvaient même y danser ou assister à des spectacles.  Même si tout le monde ne pouvaient se faire plaisir dans ces boutiques assez chères, les passages restaient quand même des endroits de mixité sociale, des lieux très vivants où les gens se rencontraient, s’amusaient ou bien flânaient tout simplement. Certains théâtres avaient une entrée directement sur ces passages comme le Théâtres des Variétés dans le Passage des Panoramas ou le Théâtre des Bouffes-Parisiens  dans le Passage Choiseul.

Le terme de “galerie” est apparu dans les années 1830. C’étaient également des passages mais plus larges et avec une décoration plus riche comme on peut le voir actuellement dans la Galerie Vivienne ou la Galerie Colbert par exemple.

FIN 18e UNE NOUVELLE ARCHITECTURE DE FER ET DE VERRE APPARAÎT

Fin 18e, la révolution industrielle est en marche et on utilise de plus en plus le métal dans les constructions. Ainsi, les passages sont couverts de verrières en fer et en verre qui apportent aux flâneurs une grande luminosité.

PARIS LANCE LA MODE DES PASSAGES COUVERTS AVEC VERRIÈRES EN FRANCE ET EN EUROPE

La mode des passages couverts de verrières s’est répandue un peu partout en France d’abord dans des villes comme Nantes avec le superbe Passage du Pommeraye puis en  Europe, Angleterre, Italie, Belgique, Russie, Ukraine, Allemagne, Danemark, Suisse…

Ce qui diffère à Paris en comparaison avec les passages anglais ou russes, c’est la présence de logements au sein même de la galerie, au-dessus des boutiques. Les passages européens sont aussi dans leur grande majorité plus larges que ceux de la capitale française.

Aujourd’hui, Paris ne compte plus qu’une trentaine de passages et galeries et ils se trouvent presque en totalité sur la rive droite de la Seine et principalement près des grands boulevards, lieux de foule et de spectacles. Beaucoup de galeries ont été construites en même temps que les immeubles qui les cernent. En France, c’est la capitale qui a le plus de passages couverts.

Ci-dessous, quelques-uns des passages ou galeries les plus intéressants ou curieux  par ordre d’année de construction.

1798 LE PASSAGE DU CAIRE – 2e arrondissement
2, place du Caire // 33 rue d’Alexandrie // 237-239 rue Saint-Denis // 14, 34 et 44 rue du Caire – Métro Sentier
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Le plus vieux et le plus long passage de Paris avec  ses 360 mètres de long.
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1964

Le nom du passage fait référence à la campagne d’Égypte menée par Napoléon et à son entrée au Caire au mois de juillet de cette même année 1798.  Les Français se passionnent alors pour l’Orient. On remarquera  les trois sculptures de la déesse Hathor sur la façade d’un bâtiment au-dessus d’une des entrées du passage.

Le passage du Caire se situe en plein coeur du Sentier, quartier entièrement dédié au commerce du textile.  Même si ce passage a un peu vieilli et est moins beau que d’autres, il reste un des tout premiers passages avec verrières et le plus long avec 360 mètres de rues entièrement couvertes.

1799 LE PASSAGE DES PANORAMAS – 2e arrondissement
11, bd Montmartre // 10 rue Saint-Marc –
Métro Grands Boulevards
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133 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974

Le passage des Panoramas a été construit sur les grands boulevards en 1799 et à eu dès le début un succès fulgurant.  Il y régnait une effervescence commerciale qui reste toujours d’actualité. Son nom vient de très grandes peintures appelées “panoramas” représentant des paysages de Paris qui ornaient deux rotondes situées  au-dessus de l’entrée du passage. Elles ont été détruites en 1831.

Il fut le premier endroit avec le Palais Royal à proposer des objets de luxe.

On y trouve de l’artisanat d’art, des restaurants, des collections de cartes postales, monnaies, autographes ou timbres anciens,.. Certaines boutiques ont gardé leur décor d’antan. Ainsi l’ancienne chocolaterie François Marquis reconvertie en restaurant “L’arbre à cannelle” avec des sculptures en bois et un plafond à caissons  et la célèbre  boutique de gravures Stern connue depuis  sa création pour la qualité et le raffinement du travail proposé et qui a servi bon nombre de têtes couronnées d’Europe ou de chefs d’État ( médailles, chevalières, menus de repas pour la haute société, passeports diplomatiques, boutons de manchette…)

On peut aussi accéder par le passage des Panoramas au Théâtre des Variétés en activité depuis 1807.

1823 LA GALERIE VIVIENNE*** – 2e arrondissement
4 rue des Petits Champs // 5, rue de la Banque //  6, rue Vivienne – Métro Bourse
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176 mètres de long
Inscrite à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974

Certainement, une  des plus belle et de renommée mondiale.  Elle est incontournable. Elle est située entre le Palais Royal, la Bourse et les grands boulevards. Avec l’arrivée des grands magasins comme Le Printemps ou les Galeries Lafayette (voir mon autre article sur “les premiers grands magasins“) à la fin du 19e siècle, elle est petit à petit délaissée car les boutiques migrent vers les nouveaux boulevards comme celui des Champs Elysées.  Il faut attendre le milieu des années 1970 pour que son activité reprenne, ce qui est le cas pour d’autres galeries également comme la galerie Véro Dodat ou les passages Jouffroy ou Verdeau.  Elle abrite des magasins de luxe, des boutiques de décoration et de mode dont par exemple celles de haute couture et prêt-à-porter Jean-Paul Gauthier , célèbre couturier qui s’est déjà servi de la galerie pour y faire des défilés de mode ..

En plus des vêtements de luxe et accessoires de mode, on peut trouver dans cette galerie un salon de thé très couru “À priori thé“, un caviste Legrand Filles et Fils,  la librairie de livres anciens Jousseaume créée dès l’ouverture de la galerie par les ancêtres de François Jousseaume, l’actuel propriétaire. On y trouve des restaurants et quelques autres boutiques diverses.

C’est au n° 13 de ce passage que se trouve l’ancienne demeure d’un célèbre bagnard, Vidocq,  devenu chef d’une brigade de police composée d’anciens malfaiteurs au 19e.

Sous la galerie Vivienne, il existe un souterrain bouché juste après la 2e guerre mondiale en parallèle avec la galerie. Vidocq l’aurait emprunté pour échapper à la police du temps où il n’en faisait pas encore partie !

1825/1835 LE PASSAGE  DU GRAND CERF – 2e arrondissement
85, rue Saint-Denis  // 8, rue Dussoubs
Métro Etienne Marcel
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113 mètres de long et 3 mètres de large
Inscrit à l’inventaire des  monuments historiques depuis 1985

Le nom du passage fait référence à l’ancien “Hôtel du Grand Cerf”  qui était le point de départ et d’arrivée des voitures des postes des Messageries Royales jusqu’à la révolution française (1789).  C’est le plus haut passage de Paris avec 11,80 mètres sous verrière. Il a été délaissé pendant de nombreuses années et a été réhabilité dans les années 1980.  On y voit deux niveaux de façades vitrées et un troisième niveau réservé aux habitations. On y trouve des ateliers créatifs, bijoux, objets de déco exotiques, designers, restaurants…

1826 LA GALERIE VÉRO-DODAT – 1er arrondissement
2, rue du Bouloi // 19, rue Jean-Jacques Rousseau //
Métro Louvre-Rivoli
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80 mètres de long et 4 m de large.
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1965

Elle se situe à deux pas du Musée du Louvre. C’est une petite galerie chic et calme au dallage en marbre constitué de losanges noirs et blancs ce qui semble accentuer sa longueur. On y trouve des boutiques de luxe pour la décoration, l’ameublement, des galeries d’art, des restaurants et un atelier-boutique de chaussures de luxe de Christian Louboutin.

L’écrivain et poète Gérard de Nerval y serait venu prendre son dernier café avant de se donner la mort en 1855.

1826 LA GALERIE COLBERT – 2e arrondissement
6 rue des Petits-Champs // 2 rue Vivienne
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83 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974

La Galerie Colbert, proche de la Galerie Vivienne est beaucoup moins passagère parce qu’elle n’a aucune boutique On peut néanmoins manger dans le restaurant “Le Grand Colbert” de style Art Nouveau (classé à l’inventaire des  monuments historiques) qui a souvent servi de décor pour le cinéma.  La galerie abrite plusieurs institutions liées à l’histoire de l’art et au patrimoine culturel et est la propriété de la Bibliothèque nationale de France.

Sa rotonde munie d’une belle verrière est remarquable. La Galerie Colbert a été rénovée dans les années 1980.

1827 LE PASSAGE (DE) CHOISEUL – 11e arrondissement
40, rue des Petits Champs // 23, rue Saint-Augustin // 61, rue Sainte Anne – Métro Quatre Septembre / Bourse.
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190 mètres de long – La verrière la plus longue de Paris et d’un seul tenant. Moins de 4 mètres de large.
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974
Le Passage Choiseul est situé dans le quartier de l’Opéra. À la période haussmannienne au milieu du 19e siècle et avec l’arrivée des grands magasins (voir mon autre article “Les grands boulevards de style haussmannien – Napoléon III / « Le baron Haussmann »), ce passage comme bien d’autres fut délaissé. Il a repris de la vigueur dans les années 1980. Son affluence fluctue en fonction des boutiques qui s’y installent et aussi en fonction des heures de bureaux. Ce passage, comparé à d’autres, garde un style simple, peu décoré. On y trouve des boutiques au rez-de-chaussée et des habitations au premier étage ainsi qu’une sortie secondaire du Théâtre des Bouffes-Parisiens (ouvert en 1857 et toujours en activité).
1828 LE PASSAGE BRADY – 10e arrondissement
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216 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 2002
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Ce passage est aussi appelé Little India parce qu’on y trouve des commerces indo-pakistanais principalement ainsi que mauriciens (Île Maurice) et réunionais (Île de la Réunion). Le passage Brady est coupé en deux par le boulevard de Strasbourg. Une partie est couverte d’une verrière et l’autre est à ciel ouvert.

1836 LE PASSAGE JOUFFROY – 9e arrondissement
10-12, boulevard Montmartre // Rue de la Grange-Batelière
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140 mètres de long et 4 mètres de large
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974

En parallèle à ce passage, il existe un passage souterrain. Chaque magasin de cette galerie possède une cave voûtée avec une porte donnant sur ce souterrain.

Le passage Jouffroy était très moderne à l’époque où il a été construit. Il a bénéficié le premier d’un chauffage au sol, au gaz. Le passage des Panoramas ayant eu, lui, la primeur de l’éclairage au gaz. Le passage Jouffroy est le prolongement du Passage des Panoramas et sont tous deux très fréquentés.  On peut y voir des boutiques très diverses (galeries d’art, antiquaires, librairies, bibliothèque de bandes dessinées, jouets, pâtisseries…)   et aussi visiter  le Musée Grévin avec ses célébrités en cire et dont la sortie se situe à l’intérieur du passage Jouffroy.

1845 LE PASSAGE DE LA MADELEINE – 8e arrondissement
9, place de la Madeleine //  30,  rue Boissy d’Anglas
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53 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1987

Petit passage qui mène à la très chic place de la Madeleine. La construction du passage est liée à celle de la place et de l’église du même nom. On peut y trouver des boutiques de luxe et des boutiques permettant des pauses gourmandes.
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Restaurant à la décoration Art Nouveau réalisé par Louis Majorelle. (1904-1905)

1847

LE PASSAGE VERDEAU – 9e arrondissement
6 rue de la Grange-Batelière // 31 bis rue du Faubourg Montmartre.
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75 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1974
Il est situé dans le prolongement des passages des Panoramas et Jouffroy. Sa haute verrière très épurée et les pans vitrés du deuxième niveau lui donne beaucoup de clarté.   Du fait de la réouverture en 1980 d’une annexe du célèbre Hôtel Drouot (lieu de ventes aux enchères) de nombreux antiquaires s’y sont installés. On y trouve aussi des collectionneurs de cartes postales, livres anciens, appareils photos de collection et bien sûr des restaurants et salons de thé.

1860
LE PASSAGE DES PRINCES – 2e arrondissement
5 boulevard des Italiens // 97-99 rue de Richelieu
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80 mètres de long
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1986
Il a été construit en 1860, détruit en 1985 en vue d’une opération immobilière puis reconstruit à l’identique en 1995.  Il se situe tout près de l’Opéra Garnier et des grands magasins (voir mon autre article ici !). On y trouve de nombreuses boutiques de jouets, jeux vidéo, modélisme… On peut remarquer une belle coupole des années 1930 de style art déco.
 1926

LES ARCADES DES CHAMPS-ÉLYSÉES
78, avenue des Champs- Élysées // 59, rue de Ponthieu // Métro Franklin Roosevelt
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120 mètres de long – une quarantaine de boutiques
Inscrites à l’inventaire des monument historiques depuis 1991

La plus récente des galeries et la plus large aussi puisqu’elle fait 15 mètres de large alors que les autres passages plus anciens faisaient moins de 4 mètres. Sa surface totale est de 9000 m².

Les Arcades  de style Art Déco ont été construites en 1926 alors que Paris rayonnait grâce au chamboulement architectural de la ville dû au Baron Haussmann au 19e siècle. Devant l’intérêt croissant des Parisiens et des touristes pour cette avenue  délaissant les autres passages, il est décidé de créer une galerie marchande de luxe, les Arcades  des Champs-Élysées. Cette galerie est recouverte de marbre de différentes teintes, de dalles en verre au plafond soutenues par des colonnes en marbre blond. Les appliques qui diffusent une douce lumière ont été créées par célèbre maître verrier Lalique. Malheureusement, les fontaines en verre du même artisan ont disparu.

On y trouve une multitude de magasins de prêt-à-porter, bijoux, accessoires, des  grandes enseignes de luxe françaises ou internationales.

 

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