Le carnaval populaire de Dunkerque

       

Texte de la vidéo ci-dessous ↓

Chaque année, au début du mois de février, la ville de Dunkerque est prise d’une étrange frénésie. Des milliers de personnes déguisées descendent dans la rue pour faire la fête, chanter et danser. Le carnaval a commencé. Son origine se perd dans la nuit des temps. Certains historiens affirment que la bande de pêcheurs est la descendante directe des fêtes que donnaient les armateurs avant le départ pour la pêche en Islande. D’autres contestent cette hypothèse pour des raisons de calendrier. Peu importe, la légende est belle et surtout le carnaval de Dunkerque constitue l’une des grandes festivités populaires du monde.

Plusieurs mois avant le Mardi Gras, les masquelours commencent les préparatifs. Le costume comme un trésor est sorti de sa cachette pour être bichonné, consolidé et rapiécé. Le parapluie est fixé au sommet d’un manche de canne à pêche. La perruque, les fossiles et les batons de rouges à lèvres redeviennent les ustensiles d’apparat des gros bras de l’agglomération. Car selon le principe des grandes fêtes populaires, le carnaval de Dunkerque est fait d’outrance et de tolérance. Derrière le masque ou le maquillage, on découvre souvent le vrai visage de chacun. Mais attention ! Dire que déguisé tout est permis serait faire insulte au masquelours. Le carnaval, malgré son apparente pagaille, possède des règles que tous les masques respectent scrupuleusement. Si une chute se produit, comme par miracle, la foule s’ouvre pour laisser sortir le carnavaleux fatigué. Faire le carnaval c’est respecter les traditions, les acteurs de la bande et être fidèle au rendez-vous de toute une population. Le carnaval c’est la communion de toute une ville.

A Dunkerque, tout commence et tout se termine par des chansons. Pendant l’avant-bande, la bande ou l’après-bande, chacun vibre aux accords des tambours, des fifres et des cuivres. Derrière le Tambour-Major, véritable chef de bande, les musiciens entonnent les airs traditionnels déchaînant les chahuts des carnavaleux.

Difficile d’expliquer l’amour des Dunkerquois pour cette grande fête traditionnelle. Les habitants de l’agglomération ont le carnaval pour compagnon tout au long de leur vie. Dès leurs premiers mois, ils assistent au chahut sur les épaules de leur maman. Adolescents, ils font leurs premières armes au fond de la bande avant de devenir les premières lignes enviées et respectées de tous. Et même lorsque le temps et les rhumatismes gagnent la bataille, pas question de rester chez soi ! Le masquelours revient à la bande jouer de la musique ou, méconnaissable en “figueman”, pour faire un tour.

Bref, le carnaval est toujours le plus fort mais, magnanime, il laisse le choix des armes. Chacun vit la fête à sa façon dans les chahuts,  dans la musique,  en spectateur ou encore de maison en maison. Car pendant la durée de la fête, de nombreux Dunkerquois ouvrent les portes de leur logement et accueillent les masquelours pour boire un verre et manger un morceau. Dans ce que l’on appelle “les chapelles” règne une ambiance extraordinaire. On saute, on boit, on chante, on danse et on raconte ses exploits, son passage en première ligne, le hareng que l’on a attrapé sous le balcon de l’Hôtel de Ville.

De chahut en chapelle, de rigodon en bal, la fête peut durer plusieurs jours. Avant-bande le matin, bande l’après-midi, après-bande le soir dans les chapelles avant de rejoindre le Kursaal pour le bal. Et le lendemain, on recommence.

Le carnaval est synonyme de poitrines écrasées, de tibias labourés, de corps entassés, d’odeurs persistantes de harengs. Et pourtant, chaque année, tous les Dunkerquois sont au rendez-vous. Pourtant, chaque année, les coeurs battent un peu plus fort dans la poitrine quand résonnent les premiers accords de musique. Le carnaval emporte tout sur son passage dans une folle sarabande qui atteind son apogée à la fin du rigodon final lorsque tous les masquelours à genoux rendent hommage à Jean Bart, le plus grand des corsaires. Truculent, gaulois, flamand, le carnaval de Dunkerque est surtout un moment de communion riche de l’imagination de ses acteurs. Chaque masquelour apporte un peu de sa folie. L’évènement ne peut laisser indifférent parce que le carnaval possède des accents de vérité, la force d’une fête populaire unique au monde.

 

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