Être le bouc-émissaire

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Le bouc émissaire

« Être le bouc-émissaire », « être la tête de Turc« , « être le souffre-douleur » de quelqu’un ou d’un groupe.
Ces trois expressions signifient la même chose : être la personne (ou un groupe de personnes) sur laquelle tout retombe, tous les torts, qu’on accuse de tous les malheurs, des fautes collectives ou plus simplement des mauvaises choses qui surviennent.

L’expression est héritée du judaïsme via le christianisme. Ainsi, en Europe, d’autres pays de culture chrétienne ont cette même expression :
. en anglais : scapegoat
. en allemand : sündenbok
. en néerlandais : zondebok
. en espagnol : chivo expiatorio
. en italien : capro espiatorio
. en portugais : bode expiatorio

Peinture de William Holman Hunt (1827-1910)
« The scapegoat » (1856)

Un exemple : « En une année scolaire, il est devenu le bouc émissaire de sa classe »

Un autre exemple dans une phrase de Georges Clémenceau, président du Conseil au début du XXe siècle, à propos de l’affaire Dreyfus : « Tel est le rôle historique de l’affaire Dreyfus. Sur ce bouc émissaire du judaïsme, tous les crimes anciens se trouvent représentativement accumulés ».

« Dreyfus, par exemple, a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force : on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif : c’était le coupable idéal »
« Le bouc émissaire » – René Girard -.

L’exclusion d’une personne ou d’un groupe de gens d’une communauté, ce n’est pas récent. De tous temps, lorsqu’arrivaient un fléau ou des évènements d’origine inexpliquée qui provoquaient des désordres importants au sein d’une communauté, ses membres voulaient un responsable, une victime expiatoire. On pensait alors que Dieu avait décidé de punir les hommes. Il fallait donc, pour éviter le châtiment divin, lui présenter une victime expiatoire, un bouc émissaire, pour détourner la vengeance divine.

L’origine de cette expression se trouve dans la Bible.
« Il prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Éternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’Éternel et un sort pour Azazel. Aaron fera approcher le bouc sur lequel est tombé le sort pour l’Éternel, et il l’offrira en sacrifice d’expiation. Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. »
Lévitique 16 : 7-10

L’expiation est ainsi entrée dans la tradition juive. Une fois l’an, un grand prêtre choisissait un bouc, apposait une main sur la tête de l’animal, confessait ses fautes ainsi que celle de son peuple. Ensuite, la bête qui était symboliquement chargée de tous les péchés humains était conduite dans le désert puis abandonnée à son sort.

Cette cérémonie religieuse était destinée à effacer la souillure, les péchés que les hommes avaient pu commettre. Le bouc abandonné dans le désert emmenait avec lui tous les péchés des enfants d’Israël.

 

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