Les premiers Grands Magasins fin 19e siècle, les cathédrales du commerce

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La révolution industrielle, le développement du chemin de fer, l’explosion démographique, l’accroissement de l’épargne, la reconfiguration de Paris (voir mon autre article sur Napoléon III et le baron Haussmann) font que la capitale se transforme en une ville moderne et modèle dans la deuxième partie du XIXe siècle (1).

Une nouvelle forme de commerce voit le jour : les Grands Magasins – les “cathédrales” du commerce !

L’architecture de ces nouveaux grands magasins est audacieuse (poutrelles métalliques, verrières) mais ce qui est nouveau c’est la façon de faire du commerce : vendre plus mais moins cher différentes catégories de produits disposés en rayonnages et sur une seule grande surface. Jusque-là les petits commerces étaient multiples et avaient leurs spécialités. Ils n’avaient pas beaucoup de concurrence et les gens se contentaient des commerces qu’ils avaient dans leur quartier. Les prix pouvaient être variables en fonction de la tête du client. Il n’était pas question non plus de toucher les articles sans l’accord du vendeur.

Avec l’arrivée des grands magasins, on peut dorénavant trouver dans le même endroit des articles très divers, les prix sont fixes, les clients peuvent profiter des promotions, des soldes. Il se sentent moins obligés d’acheter que dans une petite boutique. Ils peuvent toucher, tâter, soupeser l’article qui les intéresse et ils ont même la possibilité de le ramener pour se faire rembourser. De plus, ces nouveaux grands magasins sont de grands espaces ouverts qui offrent la liberté de circulation entre les rayons qui présentent les dernières nouveautés.

L’offre est importante ce qui permet une marge bénéficiaire faible. Le renouvellement des articles est permanent. Tout est fait pour attirer les clients et les séduire. Il s’y passe toujours quelque chose : promotions, soldes, expositions à thèmes, semaines spéciales…

C’est l’occasion pour les classes sociales moyennes de rivaliser avec la classe bourgeoise pour ce qui concerne par exemple la décoration, les vêtements…et ce à un moindre coût.

La clientèle féminine, parisienne au début, s’engoue pour ces bâtiments remplis de nouveautés et progressivement c’est un phénomène social qui apparaît, l’émancipation de la femme.

Ci-dessous, les premiers Grands Magasins de Paris au XIXe siècle :

Le Petit Saint-Thomas rue du Bac et Au Bon Marché le plus vieux grand magasin créé en 1852 par Aristide Boucicaut – rue de Sèvres (7e arrondissement). En 1989, le nom change pour Le Bon Marché.

Les Grands Magasins du Louvre, rue de Rivoli, créés par Alfred Chauchard et Auguste Hériot en 1855 et fermés définitivement en 1974. Actuellement, au même emplacement, on trouve le Louvre des Antiquaires.

Le BHV (le Bazar de l’Hôtel de Ville ou depuis 2013 Le BHV Marais) a ouvert ses portes en 1856 grâce à Xavier Ruel – près de l’Hôtel de Ville – 52 rue de Rivoli dans le 1e arrondissement-.

Le Printemps Haussmann créé en 1865 par Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos dans le quartier de l’Opéra – 64, boulevard Haussmann dans le 9e arrondissement.

La Samaritaine fondée en 1869 par Ernest Cognacq assisté un peu plus tard de sa femme Marie-Louise Jaÿ – face à la Seine près du Pont Neuf- 19, rue de la Monnaie dans le 1er arrondissement (fermé actuellement pour travaux de sécurité et sans doute pour créer des logements ou bureaux…)

Les Galeries Lafayette ouvertes en 1894 par Théophile Bader et Alphonse Kahn, quartier de l’Opéra – 40 bd Haussmann – 9e arrondissement.

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AU BON MARCHÉ
Le premier Grand Magasin

Le Bon Marché est le premier grand magasin créé par Aristide Boucicaut dont la réussite commerciale et les idées innovantes ont inspiré Emile Zola dans le livre “Au bonheur des Dames” (1883)- “…la cathédrale du commerce moderne, solide et légère, faite pour un peuple de clientes”-.

Au bonheur des dames Emile Zola a décrit parfaitement cette période dans son livre “Au bonheur des dames” (1883). Vous pouvez lire et/ou écouter l’enregistrement sur le site Littérature Audio.com ici ! C’est GRATUIT !

Aristide Boucicaut entre comme vendeur en 1834 dans le magasin “Au Petit Saint-Thomas“, rue du Bac. Il va assister, sous la direction de Simon Mannoury à l’essor économique du “Petit Saint-Thomas” dans une période frissonnante de progrès industriels. En effet, Le Petit Saint-Thomas propose des prix bas, des produits très bon marché à des prix fixes et non en fonction du client. De plus, ce magasin organise la vente par correspondance, franco de port, c’est-à-dire sans frais pour le client. Des expositions temporaires y sont proposées, des périodes de soldes et d’occasions aussi. Et, cerise sur le gâteau, des promenades avec un âne dans les larges galeries proches du magasin sont proposées aux enfants des clientes. Le magasin ferme en 1848.

Aristide Boucicaut :
le commerçant qui a établi les principes de la grande distribution

Aristide Boucicaut va s’inspirer de ces nouvelles méthodes de vente lorsqu’il s’associe en 1852 à Paul Videau pour créer le magasin Le Bon Marché (Paul Videau se retire des affaires en 1863 effrayé par la volonté d’expansion d’Aristide Boucicault).

C’est alors, qu’il va développer seul (en s’inspirant du “Petit Saint-Thomas”) le premier concept de grand magasin. L’offre est importante, les prix sont fixes, la marge réduite. Il y a un large assortiment de produits accessibles par tous dans un vaste espace de vente et aussi une mise en scène des produits (présentation). On peut échanger un article si le premier ne convient pas. Si les gens ne veulent ou ne peuvent pas se déplacer, ils ont la possibilité de commander sur catalogue et de se faire livrer chez eux. Aristide Boucicaut et sa femme organisent des soldes, promotions, le mois du blanc. Ils aménagent un coin bibliothèque, proposent aussi des concerts privés, exposent des peintures, des sculptures…

Le succès commercial est tel qu’en 1869, Aristide Boucicaut décide d’agrandir le magasin, et pose la première pierre de cet agrandissement. Malheureusement, la construction ne se termine qu’en 1887, dix ans après sa mort. A noter, l’intervention de Gustave Eiffel pour la réalisation des grandes baies vitrées (fer et verre).

Aristide Boucicaut laisse derrière lui un magasin avec 1788 employés, un chiffre d’affaires 160 fois plus élevé qu’en 1852.

Lui qui souhaitait posséder “Le seul édifice spécialement construit et entièrement affecté à l’usage d’un grand commerce des nouveautés” ! Pari réussi !

Ce nouveau modèle commercial assez révolutionnaire, inventé par Aristide Boucicaut et sa femme, va se répandre dans le monde entier.

 

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LES GRANDS MAGASINS DU LOUVRE

Dans un premier temps, Alfred Chauchard, Auguste Hériot et Léonce Faré -qui se retire en 1857- louent le rez-de-chaussée sous les arcades du Grand Hôtel du Louvre, l’un des hôtel les plus modernes de l’époque, construit en 1852 pour l’exposition universelle de 1855. Ils créent un magasin de mode dont l’enseigne est “Les Galeries du Louvre”. Le magasin ne cesse de prospérer si bien qu’en 1875, le magasin de mode s’étend à tout l’ensemble du bâtiment et devient “Les Grands Magasins du Louvre” offrant aux clients 52 départements aux articles très variés. Le Grand Hôtel du Louvre est alors transféré place du Palais Royal (son emplacement actuel).

Auguste Hériot meurt en 1879 et son associé quitte la direction du magasin pour se consacrer à l’art en 1885.

Dans la nuit du 23 septembre 1943, un bombardier anglais est abattu par la défense aérienne allemande et s’écrase sur l’immeuble. Après l’incendie, on découvre un cratère au milieu du bâtiment mais les façades sont encore debout.

En 1974, Les Grands Magasins du Louvre ferment et sont remplacés par le Louvre des Antiquaires et des bureaux.

 

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LE BHV (BAZAR DE L’HÔTEL DE VILLE)

Le Bazar de l’Hôtel de Ville ou comme on l’appelle plus facilement le BHV doit son origine à un Lyonnais (de la ville de Lyon) Xavier RUEL.

Au début, Xavier RUEL, vend des articles de bonneterie présentés dans des grands parapluies à l’extérieur. Il constate que les ventes sont meilleures au coin de la rue de Rivoli et de la rue des Archives. Alors, il ouvre son premier magasin, une petite façade, en 1856 à cet endroit.

Le BHV n’aurait peut-être pas vu le jour si Xavier RUEL n’avait réussi un acte héroïque. En effet, en 1855, il réussit à maîtriser un attelage de chevaux emballés emmenant l’Impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III). A la suite de cet acte de bravoure, il est récompensé pour son courage. C’est cet argent qu’il va utiliser pour agrandir son magasin qui s’appellera : le Bazar Napoléon.

En 1866, il rajoute trois étages à son magasin. En 1870, le Bazar Napoléon change de nom pour devenir “Le Bazar de l’Hôtel de Ville”.

Il meurt en 1900, laissant derrière lui 800 employés. En 1912, des travaux seront réalisés qui ajouteront une tour ronde au bâtiment.

 

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LE PRINTEMPS HAUSSMANN

Le Printemps Haussmann est un bâtiment classé monument historique depuis 1975. Il a été créé en 1865 par Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos et s’appelait au début “Au Printemps”. Il est situé dans le 9ème arrondissement – bd Haussmann – proche de la gare St-Lazare.

Dès la première année, il connaît un grand succès grâce à une soie noire la Marie-Blanche vendue en exclusivité jusque vers 1900.

En 1866, l’idée de vendre les produits défraîchis à prix cassés “les soldes”, chaque année, va conférer au Printemps une plus grande renommée encore.

En 1874, le Printemps s’agrandit avec deux étages en plus et l’achat de deux maisons proches reliées au magasin par des ponts de fer. La grande innovation étant l’ajout de deux ascenseurs – complètement nouveau à cette époque et forcément attirant pour les gens comme pour les enfants ! -. En 1881, une quatrième façade rue Caumartin agrandit encore le magasin. Cette même année, à la suite d’un violent incendie, il est décidé de reconstruire tout, même les bâtiments ayant échappé à l’incendie.

La reconstruction va permettre d’autres innovations sur le plan architectural, espace fonctionnel, utilisation du fer en structures décoratives, et utilisation de nouveaux éclairages mettant mieux en valeur les produits.

Au cours des années suivantes le bâtiment va s’agrandir encore -salle au sous-sol et nouveaux achats de bâtiments- et se transformer toujours pour le plus grand plaisir des clients.

En 1910, nouvelle construction “Les Nouveaux Magasins” (angle rue de Caumartin et de Provence) à l’architecture reconnue comme audacieuse :

– hall octogonal
– ferronnerie des balcons et des rampes style “art nouveau”
– éclairage nouveau
– 3 nouveaux ascenseurs rapides

Pendant la 1ère guerre mondiale, apparition des mannequins pour présenter les vêtements dans les vitrines.

Nouvel incendie en 1921 et à nouveau des travaux de reconstruction.

En 1923, un maître vitrier Brière installe une coupole en vitrail dans le magasin bd Haussmann.

En 1924, début des animations de vitrines pour les fêtes de fin d’année. Animations très attendues encore de nos jours auxquelles participent des décorateurs et designers très réputés et aussi des grands noms de la mode.

En 1930, premiers escalators (escaliers roulants)

Les vitrines animées font la joie des tout-petits aux Galeries Lafayette et au Printemps Haussmann

 

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LES GALERIES LAFAYETTE

« Le bon et le beau accessible à tous »

Les Galeries Lafayette ont été fondées en 1895 par deux cousins Théophile Bader et Alphonse Kahn. Elles sont protégées au titre de monument historique depuis 1975. Au début, c’est une mercerie , bonneterie “Aux Galeries Lafayette” puis sont créés des articles de mode (vêtements, chapeaux…) à des prix accessibles très appréciés des Parisiens et des Parisiennes et aussi des Provinciaux, la gare Saint Lazare étant proche. C’est un succès commercial. En 1896 et 1903, la société acquiert plusieurs bâtiments pour s’agrandir. En 1900, la marque “Aux Galeries Lafayette” est déposée officiellement et est représentée par un médaillon à l’effigie du Marquis de La Fayette.

C’est en 1912 que le grand magasin inaugure la superbe coupole à 43 mètres de haut soutenues par dix piliers en béton, matériau nouveau à l’époque. Ce sont des artistes majeurs de l’École de Nancy qui réalisent la décoration style Art Nouveau de ce magasin de luxe en particulier le maître-verrier Jacques Gruber pour les vitraux de la coupole, Louis Majorelle pour la rampe d’escalier inspirée de l’Opéra de Paris et pour les ferronneries des balcons.

Dès l’ouverture une clientèle très diverse le fréquente, aussi bien des grands bourgeois que des gens de condition plus modeste. De nos jours, près de 30 millions de personnes visitent chaque année ce magasin (vitrines Noël).

 

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LA SAMARITAINE

La Samaritaine est située dans le 1er arrondissement face à la Seine. Elle est classée monument historique depuis 1990. Jusqu’en 2005, année des travaux, c’était le plus grand magasin avec ses 48000 m2 de surface de vente (tout juste devant les Galeries Lafayette et le Printemps Haussmann) et ses 10 étages.

Elle a ouvert ses portes en 1900 grâce à Ernest Cognacq (lui aussi, à ses début, vendeur de cravates dans un parapluie sur le Pont Neuf) rejoint un peu plus tard par sa femme Marie-Louise Jaÿ. Ernest Cognacq s’inspire des méthodes de ventes d’Aristide Boucicaut et donne de vraies responsabilités à ses chefs de rayons.

Projet de cour intérieure pour la réouverture de la Samaritaine en 2015 après 6 années de travaux

D’agrandissement en agrandissement, et avec l’aide d’architectes, le bâtiment adopte une unité architecturale style Art Nouveau et Art Déco. La Samaritaine doit réouvrir ses portes en 2015 après une rénovation de plusieurs années à cause de la vétusté du magasin. On y trouvera alors un hôtel de luxe, des magasins et des logements.

(1) XIXe siècle = 19e siècle
Pour apprendre à lire les chiffres romains cliquez là !

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